Des coraux en Méditerranée (Chercheurs d'eaun°20 Fev-Mar-Avr 09)
La Méditerranée est une mer qui a de
quoi étonner puisqu’elle contient 8% des
espèces marines mondiales. Sans rivaliser
avec les mers tropicales, elle aussi
est colonisée par les coraux. Il ne faut pas
oublier que la « Grande Bleue » fait partie
des mers chaudes, puisque
ses températures hivernales
ne descendent pas en dessous
de 10°C.
Sa richesse en gorgones
colorées de jaune et de
rouge (espèces proches des
coraux), fait le plaisir des
plongeurs et photographes
sous-marins. Si l’on observe
d’un peu plus près, les coraux
sont bel et bien aussi présents en
Méditerranée.
Dès la surface vous pouvez observer les
espèces les plus photophiles, comme ces
petits coraux solitaires que l’on appelle
communément «dent de cochon» et «dent
de chien». Descendez un peu plus, et
peut-être observerez-vous une «patate»
de cladocores, véritables coraux coloniaux
comme on en trouve dans les mers tropicales.
Cependant, les colonies, n’atteignent
qu’une cinquantaine de centimètres
et sont assez rares.
Plus à l’abri de la lumière,
vous trouverez les espèces
sciaphiles. Citons comme
exemples, les madrépores
solitaires jaunes, ainsi que
les alcyonnaires, qui sont
des coraux mous, dépourvus
de squelette calcaire,
et qui se gonflent d’eau
pour faire «fleurir» leurs polypes.
Rappelons que les coraux sont des animaux
de l’embranchement des cnidaires
au même titre que les méduses, anémones
et gorgones. Les coraux durs fixent le
calcium de l’eau pour bâtir leur squelette
calcaire.
Enfin, comment ne pas parler du fameux
corail rouge de Méditerranée, tant utilisé en
bijouterie. Et bien celui-ci (ne le dites à personne!),
est en réalité une gorgone, qui a la
particularité d’avoir un squelette calcaire et
non ligneux. Vous le trouverez dans les coins
sombres, bien souvent dans les failles et les
grottes.
Dans tous les cas, n’oubliez pas que les coraux
sont des organismes fragiles: ne les touchez
pas, et faîtes attention à vos palmes…
MIMÉTISME:
VOIR SANS ÊTRE VU (Chercheurs d'eaun°21 Mai-Juin-Jui 09)
Le monde sous-marin, hostile par nature,
guide l’évolution des espèces en les modelant
souvent de manières surprenantes…
Comment faire lorsqu’on est petit
et sans défense pour survivre, se nourrir
et se reproduire sans risquer sa vie à
chaque instant? C’est ainsi qu’au cours
des millénaires est né le mimétisme.
Rien de mieux en effet, que de se fondre
dans le décor lorsqu’on veut passer inaperçu.
D’ailleurs, en plongée, il y a toujours
beaucoup plus de monde autour de
vous, que vous ne pouvez l’imaginer… et
surtout le voir. Méfiez-vous, l’observateur
n’est pas toujours celui qui pense l’être !
En cherchant un peu, vous aurez l’occasion
d’observer divers types de mimétisme:
Des espèces ont évolué de manière à ressembler à un type de substrat ou même à d’autres êtres vivants. Par exemple, en
méditerranée le gobie moucheté et le gobie à grosse tête se confondent avec le
sable ; le gobie paganel, la femelle trypterygion
et certaines blennies se perdent au
milieu des algues brunes des fonds
rocheux ; tandis qu’entre les feuilles
de posidonie, se cachent paisiblement
le labre vert et le labre merle.
C’est ce qu’on appelle l’homochromie
simple.
D’autres espèces beaucoup plus
exotiques sont d’ailleurs maîtres en
la matière, comme l’hippocampe pygmé
(Indonésie), et l’hippocampe feuillu (Australie).
On peut difficilement trouver mieux
en termes de mimétisme visuel car, non
seulement ils ont la couleur mais aussi la
texture de leur environnement.
Des poissons comme les anchois, maquereaux,
sardines, thons etc., ont opté pour
la méthode de l’ombre inversée: quoi de
plus efficace quand on vit en pleine eau,
où aucun refuge n’est accessible, de se
camoufler dans l’eau ! Vus d’en haut, ils se
confondent avec le fond de la mer car la
partie supérieure de leur corps est foncée,
ce qui leur permet d’échapper plus facilement
aux oiseaux marins; vus d’en dessous,
leurs écailles claires et argentées se
confondent avec les éclats du soleil à la
surface.
Enfin, comment ne pas parler de ces
animaux «caméléons» qui, à l’aide de
cellules de la peau appelées «chromatophores », changent de couleurs, et imitent
ainsi volontairement le fond sur lequel ils
se posent. Poulpes, seiches, rascasses,
soles pour ne citer qu’eux, maîtrisent parfaitement
l’homochromie variable. Il est
toujours incroyable de voir à quelle vitesse
l’animal disparaît dans son environnement.
D’ailleurs, quel photographe sousmarin
ne s’est jamais retrouvé nez à nez
avec une rascasse ? Il m’est même arrivé
de mettre la main sur une seiche posée
sur le sable. Ce qui, nous a valu à tous
deux une petite frayeur.
Si je devais remettre la palme d’or du mimétisme, ça serait certainement à l’animal
fascinant qu’est le poulpe. Bien que commun,
il parait jouer de ses dons de magicien,
et ne s’arrête pas à imiter seulement
la couleur du fond sur lequel il se déplace
mais, il peut en prendre la texture également.
Le spécimen Thaumoctopus mimicus
arrive même à prendre l’apparence
d’un serpent de mer, d’une rascasse volante,
d’une méduse, d’un poisson plat ou
d’une anémone pour impressionner ses
agresseurs ou surprendre ses proies.
Plonger… ce qui nous attire certainement dès les premiers coups de palmes, c'est cette incroyable sensation de liberté qui nous envahie.
De par ses propriétés, le milieu aquatique est très porteur, l'eau étant 800 fois plus dense que l'air. Ce qui permet aux êtres vivants de pouvoir l'utiliser pour se mouvoir, en la "poussant" avec des nageoires, ou en se propulsant comme chez les céphalopodes.
Pourtant, malgré cette chance de se déplacer dans les 3 dimensions qui leur est offerte, une majorité d'organismes a choisi de ne pas en profiter, et de mener une vie plus ou moins sédentaire, fixé sur le substrat. Il se produit ainsi une compétition acharnée, afin de s'imposer face aux autres espèces, qui veulent en faire autant. Les places sont chères, et nous assistons à une véritable "crise du logement" aquatique. C'est ainsi que pour le plongeur qui s'intéressera de plus près à cette vie fixée (cela demande un peu d'entrainement, mais ça en vaut la peine !), tout deviendra encore plus fascinant et vous partagerez peut-être votre immersion avec de minuscules êtres.
Vous rencontrerez par exemple, des organismes parasites, comme cette algue encroutante qui n'a aucun scrupule à pousser sur cette pauvre gorgone jaune. Me direz-vous, c'est une algue… Ou bien, cette ascidie coloniale qui recouvre complètement ce rameau de bryozoaire que l'on appelle "faux-corail". En ces temps de crise, la colocation est peut-être une bonne alternative…
Les éponges, elles, se plaisent tellement dans ce mode de vie, qu'elles n'ont quasiment pas évoluées depuis leur apparition, et restent une des formes de vie animale les plus simples. Elles passent leur temps à filtrer l'eau depuis leur promontoire rocheux, qu'elles colonisent en libérant leurs gamètes en pleine eau.
Au milieu des éponges colorées, se dressent les gorgones. Stratégie différente pour ces cousines des méduses. Elles n'ont besoin que d'une toute petite partie sur la paroi rocheuse, d'où elles vont ériger à la perpendiculaire, leurs branches pleines de polypes. Et elles en tirent l'avantage de pouvoir se placer dans les courants qui transportent le plancton dont elles sont friandes. Certaines espèces, comme la gorgone rouge que l'on rencontre en Méditerranée (Vous savez… la bleue ! Bon, ça c'est une autre histoire…), peuvent atteindre une grande taille, mais sont surtout très ramifiées. Elles agissent dont un peu comme une passoire. En Asie, on peut voir d'autres espèces de gorgones composées d'une seule ramification, mais pouvant atteindre plusieurs mètres de hauteur, pour augmenter les chances de capture. Chacun sa stratégie pour se nourrir ! On retrouve aussi ce phénomène chez le spirographe, qui déploie son beau panache le plus haut possible.
Certaines espèces animales, voire même végétales, vont constituer à elles seules des écosystèmes, où d'autres vont venir se fixer, se réfugier, pondre, etc… La posidonie (en Méditerranée et en Australie), les coraux dans toutes les mers tropicales, en sont de bons exemples.
Enfin, il est aussi étonnant de trouver ce petit Bernard l'ermite, confiné dans un tube de vermet (mollusque) fixé sur la roche. Lui qui se plait tant d'habitude, à trainer sa coquille sur des dizaines de mètres… Cette espèce qui ne mesure guère plus de 1 cm, a opté pour un mode de vie sédentaire et devient un organisme filtreur.
Une chose est sûre, chaque anfractuosité, cavité, surplomb ou surface sous-marine, recèle de sa part de curiosités, alors n'hésitez pas à fouiller. Mais attention, n'oubliez pas, la mer est un grand musée… on touche uniquement avec les yeux !