Sommaire
Qu’est-ce que la photographie sous-marine ?
La photographie sous-marine est la pratique qui consiste à réaliser des images dans un milieu immergé, en combinant les contraintes de la plongée (flottabilité, profondeur, autonomie en air) avec celles de l’image (lumière, composition, réglages). C’est une discipline exigeante qui s’apprend progressivement.
Biologiste marin formé au Centre d’Océanologie de Marseille et photographe sous-marin professionnel avec près de 20 ans d’expérience, j’ai accumulé des dizaines de milliers d’images au cours de mes nombreuses plongées en mer Rouge, en Méditerranée et dans l’Indo-Pacifique. Ces dix conseils résument ce que j’aurais aimé savoir à mes débuts !
>> Comment réussir et améliorer mes photos sous-marines ? <<
Choisir son matériel de photo sous-marine selon son niveau
Tout commence par là : savoir quel matériel choisir ! Et c’est à ce moment là qu’il faut se poser les bonnes questions. La photo sous-marines oui… mais est-ce que je veux faire de la photo « souvenir », ou bien allez plus loin ? A quelle fréquence vais-je utiliser ce matériel ? Ai-je envie de m’encombrer avec du matériel photo (gros caisson, flash externe, etc…) en plus de mon matériel de plongée ? Ou bien un petit caisson uniquement suffira ? Est-ce que j’envisage de voyager avec ? Et d’ailleurs quel budget ? Est-ce que je pourrai faire évoluer mon matériel (flash, lentilles grand-angle, macro) … Bref, il faut essayer de penser à tout avant d’acheter !
C’est pour cela qu’il vaut mieux se renseigner un maximum sur le matériel : sélectionnez quelques appareils photos correspondant à vos attentes (comparez notamment les performances, il existe de très bon sites de test, comme par exemple lesnumeriques.com), et ensuite intéressez-vous aux caissons qui sont proposés. Pour cela je vous conseille le site de vente Plongimage qui propose un vaste choix, ainsi qu’un site de photographes sous-marins passionnés, dans lequel un forum vous aidera à trouver de nombreuses réponses à vos questions : le forum de la photosub.
>>> Dans cet article, je vous explique comment choisir votre matériel de photographie sous-marine ! <<<
Maîtriser son appareil hors de l’eau avant de plonger
Une fois votre matos entre les mains, attendez un peu avant de vous précipiter dans l’eau… sauf si vous tenez à le noyer au plus vite !
Apprenez à vous servir de l’appareil, c’est la première chose à faire ! Si vous plongez avec un appareil que vous ne savez pas utiliser, vous gâcherez votre plongée ! Et en plus vous n’aurez que de mauvaises photos. Utilisez-le un maximum hors de l’eau (à la maison, dans le jardin, en paysage, en macro… bref toute sorte de situations, et d’éclairages).
Une fois que vous le maîtrisez, donnez-lui son bel habillage ! Oui je parle du caisson… manipulez-le plusieurs fois. Mettez-y l’appareil, sortez-le, recommencez. Vérifiez que vous fermez bien le caisson (on conseille généralement de faire une plongée caisson vide histoire de tester l’étanchéité; descendez-le si possible au-delà de 30m, même si en général la fuite, s’il y a lieu, arrive dans les premiers mètres).
Vous êtes paré pour attaquer votre nouvelle passion !
La flottabilité : condition indispensable pour des photos nettes
Une bonne flottabilité est la condition sine qua non pour réussir ses photos sous-marines. Sans maîtrise de l’équilibre dans l’eau, il est impossible d’obtenir des clichés nets : le moindre mouvement involontaire provoque un flou de bougé ou, pire, un contact avec les coraux. D’après mes observations lors de différents stages photo en mer Rouge, c’est systématiquement le premier frein à la progression des débutants. La bonne nouvelle : pratiquer la photographie sous-marine est l’un des meilleurs exercices pour améliorer naturellement sa flottabilité. Vous vous apercevrez rapidement que vous sollicitez davantage vos poumons pour vous équilibrer. Les mains prises par l’appareil, cela vous évitera de toucher sans cesse à l’inflateur. Et ça peut même devenir un jeu : essayez un coup de prendre une photo la tête en bas !
Dernier conseil concernant le comportement du photographe, pensez à respirer ! On a souvent tendance à faire des petites apnées lorsque l’on prend une photo pour éviter de bouger, et oui cela peut-être très utile. Mais pour éviter un bon mal de crâne, procédez entre vos prises de vue, à de grandes ventilations (Surventilez !) pour vous oxygéner et éliminer le gaz carbonique…
Débuter avec des sujets fixes : nudibranches, gorgones, étoiles de mer
Pour débuter en photographie sous-marine, les sujets fixes sont les meilleurs alliés : nudibranches posés sur le substrat, gorgones (Paramuricea clavata en Méditerranée), étoiles de mer ou poissons-scorpions immobiles sur le fond. Ces sujets permettent de travailler sereinement la mise au point, les réglages d’exposition et la composition, sans la contrainte du mouvement. Dans les eaux de la mer Rouge, les poissons-papillons (Chaetodon spp.) qui nettoient les coraux offrent également un sujet semi-fixe idéal pour les débutants.
Plus tard, intéressez-vous aux sujets en mouvements comme les poissons.


La patience : première qualité du photographe sous-marin
La patience est l’alliée du photographe sous-marin. D’ailleurs si vous n’en avez aucune, je crains que vous ne laissiez vite tomber la discipline. Une bonne photo demande souvent de s’y reprendre à plusieurs reprises, avec différents réglages, différents angles…
Comment analyser ses photos ratées pour progresser rapidement
Les photos ratées ne sont pas inutiles. C’est aussi avec elles que vous progresserez. En les regardant, essayer de comprendre ce qui ne va pas : trop de lumière ? pas assez ? flou ? etc… et analyser un minimum les métadonnées de vos photos (données enregistrées en même temps que la prise de vue: date, heure, vitesse, iso, ouverture, focale, etc…). Cela vous aidera à comprendre vos erreurs, mais aussi d’apprécier vos progrès ! Pour cela, n’hésitez pas à utiliser un logiciel de gestion et de retouche d’image.
Maîtriser la lumière et le flash sous-marin
Une fois que vous aurez quelques heures de vol avec votre matériel, que vos photos commencent à vous donner satisfaction, élargissez votre champs d’action ! Vous êtes dans un milieu ouvert, il faut lever la tête. On dit souvent que les photographes ne profitent pas de leur plongée, qu’ils ont le nez dans leur écran, etc… Il faut prendre conscience de toutes les dimensions qui vous entourent…
En photographie sous-marine, la lumière naturelle perd ses composantes rouges et orangées dès les premiers mètres de profondeur : à 5 m, les teintes chaudes disparaissent presque entièrement. Le flash sous-marin (ou strobe) n’est donc pas réservé aux grandes profondeurs, il est utile dès que l’on photographie à l’ombre d’un surplomb, sous une table de corail Acropora ou lors d’une plongée de nuit. La technique la plus efficace consiste à éclairer le premier plan au flash tout en gérant la vitesse d’obturation pour obtenir un fond bleu profond, une lumière équilibrée qui donne de la profondeur à l’image.
Composition sous-marine : règle des tiers et contre-plongée
Enfin, c’est certainement ce qui vous viendra en dernier : la composition ! Au début, on s’attache à réussir ses photos de poissons, d’animaux fixés, etc, d’ailleurs souvent centré dans la photo. Et l’on s’aperçoit vite que le sujet parait écrasé, parfois même on peut avoir l’impression qu’il à été rajouté via un logiciel d’édition photo.
Pour éviter cela, pensez que le sujet que vous photographiez vit dans un environnement, et que celui-ci est peut-être important pour une belle photo. Observez avant de photographier !
Si possible, pour les sujets proches, essayez de les « détacher » dans le bleu. Par exemple pour une gorgone, il sera plus joli de la photographier avec un fond bleu, plutôt qu’avec son substrat en arrière plan. Elle ressortira beaucoup mieux. En fermant l’ouverture au maximum, avec une vitesse adaptée et un « coup » de flash, vous arriverez peut-être à obtenir un fond noir… ça fait toujours son effet !
Attachez donc de l’importance à l’arrière plan. Ce qui vous poussera au final à éviter de trop centrer votre sujet. Et quand la situation s’y prête, tentez un contre-plongée (photo prise du bas vers le haut) avec un beau fond bleu, vous ne serez pas déçu…
Anticiper ses réglages : vitesse, ouverture et ISO sous l’eau
Petit à petit, plongées après plongées, vous comprendrez de mieux en mieux la manière de régler vos paramètres pour réussir vos photos sous-marines. Cela vous permettra au fil du temps d’anticiper vos réglages en fonction de la scène à photographier. Et vous permettra d’être plus rapidement prêt à shooter lorsque surgira le beau poisson que vous n’attendiez pas !
En d’autres termes, n’attendez pas d’être face à un sujet pour réfléchir à comment régler vos paramètres. Au plus tôt vous vous y prenez, au plus vous aurez de temps pour photographier votre sujet…
Plongées peu profondes et binôme patient : deux atouts souvent négligés
- DES PLONGÉES LONGUES PLUTÔT QUE PROFONDES : ce qui est important quand on fait de la photo sous-marine, c’est le temps que l’on passe sous la surface. Au lieu de penser à aller profond, faites régulièrement des plongées peu profondes… On voit énormément de choses dans les 15m, où que l’on plonge ! ce ne sera pas forcément la zone la plus facile au niveau technique, car il faut souvent composer avec une forte lumière… et c’est tant mieux. Car vous aurez le temps de peaufiner vos réglages.
- CHOISISSEZ UN BINÔME PATIENT : pour bien progresser en photo sous-marine, il faut s’éviter toute forme de stress sous l’eau. Le choix d’un binôme patient est primordial. Il pourra même gérer vos paramètres de plongée et vous rappeler à l’ordre. Il pourra aussi vous chercher des sujets à photographier pour la macro par exemple. Vous pouvez aussi penser à plonger seul, mais attention, sécurité avant tout !
En résumé, vous souhaitez apprendre la photo sous-marine et progresser, voici ma liste de conseils :
- Bien choisir son matériel de photo sous-marine, adapté à votre niveau et vos attentes
- S’entrainer de longs moment hors de l’eau pour parfaitement maîtriser votre appareil photo, sans caisson dans un premier temps, puis dans son caisson
- Maîtriser parfaitement votre équilibre et votre flottabilité dans l’eau, au risque d’abîmer l’environnement, et de ne pas arriver à faire des photos nettes
- Si vous débutez, commencez par photographier des sujets fixes (étoile de mer, gorgone, nudibranche, poissons posés sur le fond,…)
- Soyez patients, ne déclenchez pas à la volée
- Étudiez vos photos ratées… et demandez-vous ce que vous avez mal fait !
- Prenez en compte la lumière naturelle pour améliorer l’esthétique de vos photos
- Lorsque vous commencez à maîtriser votre appareil, travaillez sur la composition de votre photo… c’est ce qui fera la différence !
- Privilégiez des plongées peu profondes et longues si vous pouvez. Moins de stress favorisera la réussite de vos photos !
J’espère que ces quelques conseils simples à mettre en œuvre vous aideront à progresser petit à petit et ainsi à mieux réussir vos photos sous-marines. Bons clichés à tous !
>> Vous cherchez des conseils pour réussir vos photos sous-marines en macro ? Cet article devrait vous intéresser… <<<
Tableau récapitulatif
| Conseil | Niveau concerné | Priorité | Impact principal |
|---|---|---|---|
| 1. Choisir son matériel | Débutant | Avant la première plongée | Investissement adapté à ses attentes |
| 2. Maîtriser l’appareil hors de l’eau | Débutant | Avant la première plongée | Évite les mauvaises surprises sous l’eau |
| 3. Maîtriser sa flottabilité | Tous niveaux | Fondamentale | Photos nettes + respect du milieu |
| 4. Commencer par des sujets fixes | Débutant | Premières plongées photo | Apprentissage des réglages sans stress |
| 5. Être patient | Tous niveaux | Toujours | Qualité des clichés |
| 6. Analyser ses photos ratées | Intermédiaire | Après chaque plongée | Progression accélérée |
| 7. Maîtriser la lumière et le flash | Intermédiaire | Après 10-15 plongées photo | Restitution des couleurs réelles |
| 8. Travailler la composition | Intermédiaire / Avancé | Progression naturelle | Photos artistiquement abouties |
| 9. Anticiper ses réglages | Intermédiaire / Avancé | Toujours | Ne rater aucune occasion |
| 10. Plongées peu profondes + bon binôme | Tous niveaux | Organisation de la plongée | Confort et progression sans stress |
FAQ – Questions fréquentes sur la photographie sous-marine
Comment réussir ses premières photos sous-marines ?
Pour réussir ses premières photos sous-marines, il faut d’abord maîtriser son appareil hors de l’eau, travailler sa flottabilité en plongée, puis commencer par photographier des sujets immobiles comme les nudibranches ou les gorgones. Les modes semi-automatiques (priorité à l’ouverture ou à la vitesse) sont préférables au tout automatique. La progression vient avec la régularité : compter au minimum une dizaine de plongées dédiées avant d’obtenir des résultats satisfaisants.
Quel matériel choisir pour débuter la photographie sous-marine ?
Pour débuter, un compact avec boîtier étanche intégré (type Sony RX100 en caisson ou Olympus TG-7) suffit largement. Il est recommandé de choisir un appareil que l’on maîtrise déjà en surface, puis de s’intéresser aux options d’évolution (flash déporté, lentilles macro ou grand-angle). Le budget d’entrée se situe entre 300 et 800 € pour un ensemble compact + caisson de qualité.
Pourquoi mes photos sous-marines sont-elles floues ou trop sombres ?
Le flou est généralement causé par un défaut de flottabilité (mouvement involontaire au déclenchement), une vitesse d’obturation trop lente, ou une mise au point sur le fond plutôt que sur le sujet. Une photo trop sombre résulte d’une sous-exposition ou d’une absence de flash à moyenne profondeur, où la lumière naturelle a perdu ses composantes chaudes. L’analyse des métadonnées EXIF de chaque photo permet d’identifier précisément l’origine du problème.
À quelle profondeur peut-on faire de bonnes photos sous-marines ?
Les meilleures photos sous-marines se réalisent souvent entre 5 et 20 mètres de profondeur. À cette zone, la lumière naturelle reste présente, la biodiversité est maximale et l’autonomie en air permet de prendre le temps de composer. En mer Rouge, les récifs coralliens peu profonds d’El Quseir ou de Marsa Alam, par exemple, offrent des conditions photographiques exceptionnelles dès la surface.
Faut-il un flash sous-marin pour faire de bonnes photos ?
Un flash sous-marin (strobe) n’est pas indispensable pour débuter, mais il devient rapidement incontournable pour restituer les couleurs réelles des animaux et du corail. Sans flash, les photos prises au-delà de 5-8 m présentent une dominante bleue-verte caractéristique de l’absorption des longueurs d’onde chaudes par l’eau. Pour la photo macro, un flash TTL externe est fortement recommandé dès le niveau intermédiaire.
Quelle différence entre la photo macro et la photo grand-angle sous-marine ?
La photo macro sous-marine consiste à photographier en très gros plan des petits organismes (nudibranches, crevettes nettoyeuses, crustacés) à l’aide d’une lentille macro ou d’un objectif à courte distance minimale de mise au point. La photo grand-angle cherche à capturer des paysages sous-marins, des épaves ou de grands animaux pélagiques (raie manta, requin) avec un objectif offrant un champ de vision large. Ces deux disciplines nécessitent des réglages, des éclairages et des approches comportementales très différents.
Comment éviter de toucher les coraux quand on fait des photos sous-marines ?
Maîtriser sa flottabilité est la réponse fondamentale : un plongeur-photographe bien équilibré n’a pas besoin de prendre appui sur le fond ou sur le récif. En pratique, il faut ajuster le lestage avec précision, gonfler légèrement son gilet au besoin, et positionner ses bras et ses jambes de manière à ne jamais utiliser le récif comme point d’ancrage. La protection des coraux est une responsabilité éthique centrale pour tout photographe sous-marin.
Combien de temps faut-il pour progresser en photo sous-marine ?
La progression en photographie sous-marine est rapide si l’on combine pratique régulière et analyse critique de ses images. En vingt à trente plongées dédiées à la photo, un débutant motivé peut obtenir des résultats satisfaisants en macro et en sujets fixes. La maîtrise de la lumière au flash et la composition avancée demandent généralement une à deux saisons de plongée. Suivre un cours de photo sous-marine avec un professionnel permet de diviser ce temps d’apprentissage par deux.






